Je
discutais l'autre jour avec
Georges (Lucas, un très bon
pote), à l'occasion de la projection
de son prochain volet de la
nouvelle trilogie de ses films.
En effet, Georges aime bien
me montrer ce qu'il fait, je
peux lui dire en toute amitié
mon opinion sur ce qu'il me
montre (là, c'était de la merde)
et on passe de nombreuses après-midi
à se chamailler gentiment, à
se raconter des histoires dans
son salon... bref des occupations
très bourgeoises. Et lors de
cette discussion où je lui expliquais
qu'il s'apprêtait à commettre
un navet, je lui dis alors :
« Mais bordel Georges,
tu es le plus grand cinéaste
de la planète et tu ne connais
même pas les Bitoman ? »
Georges n'aime pas beaucoup
que je dise des gros mots. Il
s'énerve alors et me réplique
« Non ! Je gagne des
milliards de dollars mais je
n'ai jamais vu tes machins ! ».
Je lui dis alors : « Tu
as tort. Regarde James (Cameron,
un autre bon ami à moi, ma cousine
est sa maîtresse, en fait),
il s'est inspiré des Bitoman,
et regarde où en est son film !
Il a battu le tient ! ».
Georges sembla alors comme pétrifié.
Il allait s'écrouler en larmes,
mais c'est à ce moment que Patricia,
sa bonne anglaise, nous amena
le thé. Georges but le thé un
peu trop vite et se brûla. Je
profitais alors de ce moment
d'inattention pour l'attaquer
à nouveau : « Tu sais,
j'ai une cassette sur moi, et
si tu veux... ». Excédé,
il se leva d'un bon et fit un
grand geste circulaire du bras,
ce qui eut pour effet de faire
voler sa théière en forme de
R2-D2 qui alla s'encastrer contre
le mur adjacent dans un léger
« shplaf ». Pas solides,
ces théières... « Ok, ok,
amènes-les, tes cassettes ! ».
Georges s'assit devant son écran
géant et le regarda comme un
enfant regarderait un figurant
à Eurodisney qui, pris de chaleur,
aurait enlevé son masque de
Pluto devant ce dernier, détruisant
ainsi toutes ses valeurs d'un
coup. « Regarde, Georges,
ça c'est du cinéma... ».
Georges ne lâcha pas l'écran
des yeux « Nom de dieu... »
Patricia sortit de la salle.
D'éducation anglaise, elle ne
supportait pas que l'on jure
en sa présence, mais vu que
Georges la payait quelques millions,
elle se contentait d'aller dans
la cuisine. « Greg, dis-moi
tout ! Avec quels logiciels
ces gars-là réussissent-ils
un rendu de carton aussi bon ?
-Mais Georges, lui répliquais-je
avec la douceur d'une biche,
c'est du carton. -Comment, on
en trouve encore? -Regarde plutôt
ce passage... -Mais, mais, ne
me dis pas qu'ils sont habillés
par cette vieille pédale de
Jean-Paul Gaultier ? »
Georges n'aimait pas du tout
les homosexuels célèbres. Certainement
l'influence de Patricia. Je
répliquais alors « Bien
sur que non, Georges. Le très
gai Jean-Paul va certes leur
demander parfois conseil, mais
ils créent tous leurs environnement
chez eux, le soir, dans un garage.
-Tu veux dire qu'ils ont recréé
un garage en studio pour y travailler?
-Non, Georges, un VRAI garage,
à coté d'une VRAIE maison. -Alors
je... je ne peux plus lutter... ».
Je laissais Georges vers 23
heures. Il s'était repris et
avait aussitôt téléphoné à son
staff technique pour refaire
la scène finale de son prochain
film. Il décida ainsi que les
croiseurs interstellaires serait
pendus à des fils de pêche,
et que les chasseurs Tie de
l'empire se déplaceraient au
bout de bâtons de sucette. Je
m'enfonçais dans la nuit, laissant
derrière moi un homme qui avait
retrouvé ses rêves de jeunesse
et de simplicité. Car l'argent,
les moyens techniques ou les
actrices nues ne font pas tout.
Il faut aussi du génie. Et vous
savez maintenant où Georges
puise le sien...
(Greg
pour le Bito-Mag n°1)